La grammaire espagnole expliquée aux francophones

Cette page rassemble les règles de grammaire espagnole les plus utiles, expliquées à chaque fois par comparaison avec le français : ce que votre langue fait déjà, ce qu'elle ne fait pas, et l'endroit précis où une traduction mot à mot du français produit une phrase fausse. Elle est faite pour rester ouverte à côté de ce que vous lisez, pas pour être lue d'un bout à l'autre : cherchez la section qui correspond à ce qui vous bloque aujourd'hui.

Presente de indicativo : le présent de l'indicatif

Le verbe espagnol porte la personne dans sa terminaison, donc le sujet ('yo', 'tú', 'él'...) ne se dit presque jamais, sauf pour insister ou lever une ambiguïté.

Le présent espagnol se construit sur trois groupes de verbes (-ar, -er, -ir), comme le français distingue -er, -ir et -re, et il couvre les mêmes usages que le présent français : un fait habituel, une vérité générale, et une action très proche dans le futur ('Salgo en cinco minutos' fonctionne exactement comme 'je sors dans cinq minutes'). Rien à réapprendre sur ce point, la logique est déjà la vôtre.

La vraie difficulté est ailleurs : une grande famille de verbes change de voyelle selon la personne (querer devient quiero, poder devient puedo, pedir devient pido), sauf à 'nosotros' et 'vosotros'. Le français a bien quelques verbes à voyelle mobile ('acheter' donne 'j'achète'), mais rien d'aussi régulier ni d'aussi vaste : en espagnol c'est une catégorie entière à apprendre par terminaison.

Autre différence structurelle : le français garde toujours 'je', 'tu', 'il' parce que ses terminaisons orales se ressemblent trop pour distinguer la personne à l'oreille. L'espagnol fait l'inverse : la terminaison porte déjà la personne, donc le sujet tombe le plus souvent. À la troisième personne, où 'él', 'ella' et 'usted' partagent la même forme verbale, on le garde plus volontiers quand le contexte ne suffit pas à dire de qui il s'agit.

Terminaisons et le piège des diphtongues
-ar : hablo, hablas, habla, hablamos, habláis, hablancomme le français -er, une seule base pour toute la conjugaison
-er : como, comes, come, comemos, coméis, comenbase stable, comme -re français
-ir : vivo, vives, vive, vivimos, vivís, vivenbase stable également
querer : quiero, quieres, quiere, queremos, queréis, quierene devient ie sauf à nosotros/vosotros, sans équivalent systématique en français
poder : puedo, puedes, puede, podemos, podéis, puedeno devient ue, même schéma que querer
pedir : pido, pides, pide, pedimos, pedís, pidene devient i, une troisième famille à part

Exemples

  • Trabajo en Madrid desde hace tres años.Je travaille à Madrid depuis trois ans (le sujet 'yo' n'est pas dit, la terminaison -o le porte déjà).
  • ¿Quieres un café?Tu veux un café ? (verbe à diphtongue : *querer* devient *quiero*, *quieres*, *quiere*).
  • Él llega mañana, ella llega el jueves.Lui, il arrive demain ; elle, jeudi (ici 'él' et 'ella' restent, parce que la terminaison seule ne distinguerait pas qui arrive quand).

Piège fréquent : Le réflexe du français, qui doit garder 'je', 'tu', 'il' parce que ses terminaisons se prononcent presque toutes pareil, pousse à mettre yo, tú, él devant chaque verbe espagnol, alors qu'en espagnol la terminaison suffit et un sujet répété partout sonne emphatique là où le français ne l'entend même pas.

Ser y estar : les deux verbes pour 'être'

Ser identifie et classe (identité, origine, matière, heure, lieu d'un événement), estar exprime un état ou le lieu d'une personne ou d'une chose ; la durée n'est pas le critère, et le français ne fait cette différence qu'avec des mots ou des tournures différentes.

Le français n'a qu'être pour tout ce que l'espagnol répartit entre ser et estar, donc l'intuition française ne sert à rien pour choisir : il faut apprendre la catégorie. Ser sert pour l'identité, la nationalité, la profession, la matière, l'heure, la date, et le lieu d'un ÉVÉNEMENT ('la boda es en la iglesia'), donc l'idée que estar couvrirait tout lieu ne tient pas. Estar sert pour un état, une humeur, le résultat d'un changement, et le lieu d'une CHOSE ou d'une PERSONNE ('Madrid está en España', 'estoy en casa').

Le vrai piège pour un francophone est ailleurs : certains adjectifs changent carrément de sens selon le verbe. Le français distingue déjà cette nuance, mais avec deux mots séparés au lieu d'un seul adjectif recyclé : 'ser aburrido' (être ennuyeux, une qualité de la chose) contre 'estar aburrido' (s'ennuyer, un état de la personne), ou 'ser listo' (être malin) contre 'estar listo' (être prêt).

Ser ou estar, au cas par cas
ser + profession, nationalité, matièreidentité, catégorie : *es profesora*, *es de madera*
ser + heure, date, événement et son lieu*son las tres*, *la boda es en la iglesia*
estar + lieu d'une chose ou d'une personne*el libro está en la mesa*
estar + état, humeur, résultat d'un changement*está cansado*, *está roto*
estar + gérondifaction en cours, ou une période traitée comme actuelle : *está lloviendo*, *está estudiando medicina este año*
ser aburrido / estar aburridoêtre ennuyeux (qualité) contre s'ennuyer (état)

Exemples

  • Mi hermano es médico, pero hoy está enfermo.Mon frère est médecin (profession, *ser*), mais aujourd'hui il est malade (état, *estar*).
  • La fiesta es en mi casa, pero mi casa está muy lejos del centro.La fête a lieu chez moi (événement, *ser*), mais chez moi c'est très loin du centre (lieu d'une chose, *estar*).
  • Este chico es muy listo, pero todavía no está listo para el examen.Ce garçon est très malin (*ser listo*), mais il n'est pas encore prêt pour l'examen (*estar listo*).

Piège fréquent : Parce que le français n'a qu'être, le réflexe est de mettre ser partout par défaut ; un bon premier réflexe est de se demander si la phrase dit ce qu'est la chose (identité, catégorie, événement) ou dans quel état ou à quel endroit elle se trouve, plutôt que de chercher un mot français équivalent. Ce n'est pas une question de durée : Madrid está en España ne changera jamais, et está muerto non plus.

Género, número y artículos : genre, nombre et articles

Le français a déjà l'habitude du genre grammatical arbitraire, mais le genre d'un mot espagnol ne se devine pas à partir de son équivalent français, même pour un mot qui se ressemble trait pour trait.

Le français a déjà le réflexe du genre grammatical arbitraire, contrairement à un anglophone qui part de zéro : chaque nom a un genre, chaque adjectif s'accorde, et cette habitude se transporte telle quelle vers l'espagnol. Ce qui ne se transporte pas, c'est le genre lui-même : 'la leche' est féminin quand 'le lait' est masculin, 'la sangre' est féminin quand 'le sang' est masculin, 'el coche' est masculin quand 'la voiture' est féminin. Chaque nom espagnol s'apprend avec son article, même quand la racine ressemble trait pour trait au français.

Un nom féminin singulier qui commence par un a tonique prend 'el' au lieu de 'la' pour l'oreille ('el agua', 'el hacha'), mais reste féminin partout ailleurs : 'el agua fría', 'las aguas'. Ce n'est pas la même mécanique que l'élision française du l apostrophe, qui touche n'importe quel nom à voyelle initiale quel que soit son genre.

Autre écart discret : l'espagnol laisse souvent tomber l'article indéfini pluriel là où le français impose 'des' ('Tengo primos', j'ai des cousins). 'Unos/unas' existe, mais sert plutôt à approximer une quantité qu'à traduire 'des' systématiquement.

Genre, accord et article, ce qui piège les francophones
la leche / la sangre / la narizféminins en espagnol, masculins en français (le lait, le sang, le nez)
el coche / el dolormasculins en espagnol, féminins en français (la voiture, la douleur)
el agua, el aula, el hacha (féminins singuliers)'el' remplace 'la' seulement devant un a tonique, l'adjectif et le pluriel restent féminins : *el agua fría*, *las aguas*
pluriel, en règle générale : -s après voyelle, -es après consonnecasa devient casas, ciudad devient ciudades, avec des cas à part (*lápiz*, *lápices* ; *el lunes*, *los lunes*) ; le -s se prononce, contrairement au -s souvent muet du français
unos / unasapproximation ('*unos veinte euros*') plutôt que traduction automatique de 'des'
al = a + el, del = de + elcontraction obligatoire, comme le français au, du

Exemples

  • Bebo mucha leche por la mañana.Je bois beaucoup de lait le matin (*la leche* est féminin, contrairement à 'le lait').
  • El agua está muy fría, pero las aguas del norte son más cálidas.L'eau est très froide, mais les eaux du nord sont plus chaudes (*agua* reste féminin, *el* est seulement une question de prononciation devant un a tonique).
  • Tengo primos en Barcelona.J'ai des cousins à Barcelone (aucun article n'est nécessaire devant un nom pluriel indéfini, là où le français impose 'des').

Piège fréquent : Le réflexe de copier le genre du mot français correspondant se retourne régulièrement contre le locuteur francophone : la leche est féminin quand 'le lait' est masculin, la sangre est féminin quand 'le sang' est masculin, el coche est masculin quand 'la voiture' est féminin, et l'erreur ne s'entend qu'au moment de l'accord de l'adjectif ou de l'article qui suit.

Pronombres personales, de objeto y reflexivos : les pronoms

En espagnol, quand un pronom indirect et un pronom direct se combinent, l'indirect précède le direct : me lo da, se lo da, dámelo. En français, l'ordre dépend des pronoms et de la construction : il me le donne, il le lui donne, donne-le-moi.

Le pronom sujet suit la même logique qu'ailleurs dans la conjugaison espagnole (la terminaison suffit, donc il disparaît le plus souvent) ; la vraie matière de cette section, ce sont les pronoms objets. À l'impératif affirmatif, le pronom s'attache après le verbe dans les deux langues, mais l'ordre diffère : l'espagnol garde indirect puis direct ('dímelo'), le français passe à direct puis indirect ('dis-le-moi'). Devant un infinitif ou un gérondif sans autre verbe conjugué pour le porter, l'espagnol fait pareil ('decírmelo', 'diciéndomelo'), alors que le français garde son pronom devant l'infinitif ('le lui dire'). Avec une périphrase (querer, ir a, estar plus infinitif ou gérondif), l'espagnol autorise les deux places, donc le réflexe français de mettre le pronom devant le verbe conjugué fonctionne déjà dans ce cas précis.

Le vrai piège est l'ordre. En espagnol, quand un pronom indirect et un pronom direct se combinent, l'indirect précède toujours le direct : me lo da, se lo da, dámelo. En français, l'ordre dépend des pronoms et de la construction : 'il me le donne', mais 'il le lui donne' et 'donne-le-moi'. À la troisième personne, l'espagnol garde donc indirect puis direct, et transforme en plus 'le/les' en 'se' ('se lo da', jamais 'le lo da').

Ordre des pronoms objets, où le français et l'espagnol divergent
me lo da / me la explicaidentique au français : indirect puis direct (il me le donne)
se lo da (jamais le lo da)le/les prend obligatoirement la forme *se* devant lo/la/los/las ; le français inverse l'ordre au lieu de changer le pronom (il le lui donne)
decírmelo, diciéndomelo, dímelosuffixe obligatoire sur l'infinitif, le gérondif et l'impératif affirmatif, toujours indirect puis direct (le français dit dis-le-moi)
no me lo digasdevant l'impératif négatif, le pronom repasse avant, comme en français (ne me le dis pas)
quedarse, irse, llamarsepronominaux en espagnol, sans être tous réfléchis au sens propre ; 'rester' ne l'est pas en français, 'partir' non plus (mais 's'en aller' oui), 's'appeler' oui

Exemples

  • Le compro un regalo a mi hija y se lo doy mañana.J'achète un cadeau à ma fille et je le lui donne demain ('le' devient 'se' devant 'lo', ordre indirect puis direct maintenu).
  • ¿Puedes explicármelo otra vez?Peux-tu me l'expliquer encore une fois ? (le pronom s'attache ici après l'infinitif ; *¿Me lo puedes explicar?* est tout aussi correct).
  • Mi abuela se queda en casa los domingos.Ma grand-mère reste à la maison le dimanche (*quedarse* est pronominal en espagnol, 'rester' ne l'est pas en français).

Piège fréquent : Le réflexe français de dire 'le lo da' en copiant l'ordre direct puis indirect de 'il le lui donne', et d'oublier que 'le/les' devient obligatoirement se devant 'lo/la/los/las', un changement de forme du pronom que le français n'a pas du tout, puisqu'il se contente d'inverser l'ordre.

Gustar y los verbos que funcionan al revés : les verbes à construction inversée

Le sujet grammatical de gustar est la chose aimée, jamais la personne qui aime : me gusta el chocolate, jamais yo gusto el chocolate.

Le français a deux façons de dire la même chose : aimer, où la personne qui aime est sujet ('j'aime le chocolat'), et plaire, où c'est la chose aimée qui est sujet et la personne un complément indirect ('le chocolat me plaît'). Gustar fonctionne exactement comme plaire, jamais comme aimer : le sujet grammatical est el chocolate, et me n'est qu'un pronom d'objet indirect. Pensez systématiquement à plaire au moment de traduire, et la construction se transpose presque mot à mot.

L'accord suit le sujet réel, c'est-à-dire la chose aimée, exactement comme avec plaire : 'ces livres me plaisent' donne estos libros me gustan, au pluriel, jamais me gusta. Le nombre de la personne qui aime (moi, toi, nous) n'entre jamais dans la conjugaison du verbe.

La même construction se retrouve dans toute une famille de verbes très fréquents, dans certains de leurs emplois : encantar (adorer), doler (avoir mal), faltar (manquer), interesar (intéresser), molestar (déranger), quedar ('il me reste', 'ça me va', mais pas quedarse, rester quelque part), parecer (sembler). Le pronom indirect (me, te, le, nos, os, les) est obligatoire ; a mí, a ti, a él ne fait que le renforcer ou lever une ambiguïté sur le, un peu comme 'à Jean, ça lui plaît' en français.

Pronoms et accord
me, te, le, nos, os, lespronom obligatoire, toujours objet indirect, jamais sujet
gusta / gustanaccord avec la chose aimée, singulier ou pluriel, jamais avec la personne
a mí, a ti, a él, a ella, a usted...renforce ou lève l'ambiguïté sur *le*, ne remplace jamais le pronom
encantaradorer, plus fort que gustar
doleravoir mal, faire mal
faltarmanquer
interesarintéresser
molestardéranger
quedaril me reste (*me quedan dos euros*), ça me va (*me queda bien*) ; pas *quedarse*
parecersembler, trouver que

Exemples

  • Me gusta el fútbol.Le foot me plaît.
  • Nos encantan estas fiestas.On adore ces fêtes.
  • A mi hermano le duele la cabeza.Mon frère a mal à la tête.
  • ¿Te interesan las noticias?Les infos t'intéressent ?

Piège fréquent : Parce que aimer, pas plaire, est le réflexe spontané en français, on garde en tête que le verbe s'accorde avec la personne, et on écrit me gusta los libros au singulier même quand la chose aimée est au pluriel, exactement l'accord que plaire impose mais que aimer ne rend jamais visible.

Pretérito indefinido : le passé du quotidien, pas un registre littéraire

L'indefinido est le passé complet normal de la conversation espagnole de tous les jours, jamais réservé à l'écrit comme le passé simple français.

L'indefinido ressemble par sa forme au passé simple français (hablé, comí, viví contre 'je parlai, je mangeai'), une forme synthétique en un seul mot. Mais leur registre n'a rien de commun : le passé simple est réservé à l'écrit littéraire ou journalistique et personne ne le parle, alors que l'indefinido est le passé ordinaire de la conversation espagnole quotidienne, pour tout fait terminé et daté.

Les terminaisons régulières sont -é, -aste, -ó, -amos, -asteis, -aron pour les verbes en -ar, et -í, -iste, -ió, -imos, -isteis, -ieron pour les verbes en -er et -ir. Les accents comptent : hablo (présent, je parle) et habló (indefinido, il a parlé) ne diffèrent que par la place de l'accent tonique, HA-blo contre ha-BLÓ, et c'est la tilde qui marque cette différence à l'écrit.

L'espagnol possède aussi un temps composé, le pretérito perfecto (he hablado), formellement proche du passé composé français. Dans une grande partie de l'Espagne il couvre le passé récent ou une période encore ouverte ('he comido esta mañana', ce matin n'est pas fini), tandis qu'un fait daté et clos ('ayer', 'el año pasado', 'anoche') exige l'indefinido. Le passé composé français, lui, couvre les deux rôles sans distinction, ce qui pousse à généraliser he + participe là où l'espagnol attend la forme simple.

Terminaisons régulières et irréguliers fréquents
-ar-é, -aste, -ó, -amos, -asteis, -aron
-er / -ir-í, -iste, -ió, -imos, -isteis, -ieron
ser / irfui, fuiste, fue, fuimos, fuisteis, fueron (même forme pour les deux verbes)
estarestuve
tenertuve
hacerhice, hizo à la 3e personne
decirdije
poderpude
quererquise
ponerpuse
venirvine
saber / dar / versupe / di / vi

Exemples

  • Ayer comí paella con mi familia.Hier, j'ai mangé de la paella en famille.
  • Fuimos al cine el sábado pasado.Nous sommes allés au cinéma samedi dernier.
  • Ella nació en Sevilla en 1990.Elle est née à Séville en 1990.

Piège fréquent : Habitué à ce que le passé composé français couvre tout le passé parlé, on généralise he comido même pour un fait daté et clos, comme avec ayer ou el año pasado, là où l'espagnol impose comí.

Pretérito imperfecto : le vôtre, presque à l'identique

L'imparfait espagnol et l'imparfait français décrivent la même chose de la même façon, sauf dans l'hypothèse irréelle introduite par si ('si j'avais'), où l'espagnol emploie le subjonctif imparfait ('si tuviera').

L'imparfait espagnol fait presque exactement le même travail que l'imparfait français : décrire une habitude passée, un arrière-plan, un état, un âge ou une heure dans le passé. 'Cuando era niño, jugaba en la calle' se traduit mot à mot par 'Quand j'étais enfant, je jouais dans la rue'. Si la logique vous semble déjà naturelle en français, c'est qu'elle l'est : il n'y a ici qu'un jeu de terminaisons à apprendre, pas une nouvelle façon de penser le temps.

Il existe pourtant un vrai écart. Le français emploie l'imparfait de l'indicatif après 'si' pour une hypothèse ('Si j'avais de l'argent, j'achèterais une maison'), mais l'espagnol standard ne confie pas ce rôle à l'imperfecto : il passe à l'imparfait du subjonctif, Si tuviera dinero, compraría una casa. Avec si + imperfecto, on parle d'un passé réel : une habitude (si tenía dinero, compraba libros, quand j'avais de l'argent, j'achetais des livres) ou un discours rapporté (dijo que si tenía dinero, compraría una casa). Pour une hypothèse sur le présent, c'est tuviera.

Les terminaisons sont -aba, -abas, -aba, -ábamos, -abais, -aban pour les verbes en -ar, et -ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían pour les verbes en -er et -ir. Seuls trois verbes sont irréguliers : ser (era), ir (iba) et ver (veía).

Terminaisons et les trois irréguliers
-ar-aba, -abas, -aba, -ábamos, -abais, -aban
-er / -ir-ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían
serera, eras, era, éramos, erais, eran
iriba, ibas, iba, íbamos, ibais, iban
verveía, veías, veía, veíamos, veíais, veían

Exemples

  • Cuando era niño, jugaba en la calle todos los días.Quand j'étais enfant, je jouais dans la rue tous les jours.
  • Hacía sol y los niños corrían en el parque.Il y avait du soleil et les enfants couraient dans le parc.
  • Si tuviera más tiempo, viajaría contigo.Si j'avais plus de temps, je voyagerais avec toi.

Piège fréquent : Parce que le français utilise l'imparfait après 'si' pour une hypothèse irréelle, on écrit Si tenía dinero, compraría una casa au lieu de Si tuviera dinero, compraría una casa ; en espagnol, si tenía renvoie à un passé réel, pas à une supposition.

Indefinido o imperfecto : cuál usar, le bon réflexe est déjà le vôtre

À l'oral, pensez à l'opposition passé composé / imparfait : elle suit la même logique que indefinido/imperfecto, tout comme passé simple / imparfait à l'écrit, et l'indefinido n'a rien de littéraire.

Le repère le plus utile à l'oral est le passé composé : l'opposition passé composé/imparfait suit la même logique qu'indefinido/imperfecto. 'Il pleuvait quand je suis sorti' et Llovía cuando salí placent l'action de fond à l'imparfait, et l'action ponctuelle au passé composé d'un côté, à l'indefinido de l'autre. À l'écrit, le couple passé simple/imparfait suit la même logique ('il pleuvait quand je sortis'), mais on ne le parle pas.

Le piège vient de la forme : l'indefinido ressemble au passé simple français, qu'on ne parle jamais, ce qui donne l'impression d'un registre littéraire à éviter à l'oral. C'est faux (voir pretérito indefinido) : en espagnol la forme simple est la forme parlée ordinaire, et s'en priver au profit du composé rend un fait pourtant clos étrangement hésitant.

Quelques verbes changent presque de sens selon la forme, comme le français distingue 'je connaissais' de 'j'ai connu' : conocer (connaissait / a rencontré), saber (savait / a appris), poder (pouvait / a réussi à), querer (voulait / a voulu, souvent a essayé, et au négatif, a refusé). Ce sont des lectures fréquentes que le contexte confirme, pas des traductions automatiques.

La durée ne décide pas, c'est la façon de présenter le fait qui compte : un état qui a duré dix ans prend l'indefinido dès qu'il est présenté comme un bloc délimité, Vivió en Madrid diez años, même si dix ans semble long pour le réflexe d'imparfait.

Verbes qui changent de sens selon la forme
conocerimperfecto : connaissait déjà ; indefinido : a rencontré pour la première fois
saberimperfecto : savait ; indefinido : a su, a appris, a découvert
poderimperfecto : pouvait, avait la capacité ; indefinido : souvent a réussi à
quererimperfecto : voulait ; indefinido : souvent a essayé (affirmatif) / a refusé, no quiso (négatif)
tener queimperfecto : était censé ; indefinido : a dû (et en général l'a fait)

Exemples

  • Llovía cuando salí de casa.Il pleuvait quand je suis sorti de chez moi.
  • Conocí a mi mujer en una boda.J'ai rencontré ma femme lors d'un mariage.
  • Vivió en Madrid diez años antes de mudarse a Barcelona.Il a vécu à Madrid pendant dix ans avant de déménager à Barcelone.

Piège fréquent : Parce que la longue durée appelle spontanément l'imparfait en français, on écrit vivía en Madrid diez años pour une période pourtant close et présentée comme un bloc délimité, là où l'espagnol attend vivió.

Pretérito perfecto : le passé composé, avec un emploi plus étroit

He hablado se construit comme j'ai parlé, mais là où le français parlé l'utilise pour tout le passé, l'espagnol d'une grande partie de l'Espagne réserve le perfecto aux faits situés dans une tranche de temps encore ouverte (aujourd'hui, cette semaine) et garde l'indefinido pour le reste.

La formation est un décalque exact du français : he, has, ha, hemos, habéis, han plus le participe en -ado ou -ido, comme avoir plus le participe passé. Deux réflexes français ne passent pourtant pas. Le participe espagnol après haber est toujours invariable, même quand un pronom objet féminin ou pluriel le précède : la he visto, jamais la he vista, alors que le français écrit je l'ai vue. Et l'auxiliaire est toujours haber, jamais une forme de ser : he venido, jamais soy venido, là où le français choisit être pour venir, aller ou naître.

La vraie différence est dans l'emploi, pas la forme. Le français parlé a perdu le passé simple et le passé composé couvre tout, hier comme ce matin. Dans une grande partie de l'Espagne, les deux temps restent vivants : le perfecto pour une tranche de temps encore ouverte (hoy, esta semana, ya, todavía no le favorisent souvent), l'indefinido pour une tranche fermée (ayer, la semana pasada, en 2020). Traduire j'ai mangé hier par he comido ayer est donc une erreur, la phrase correcte est comí ayer. Dans de nombreuses variétés d'Amérique latine, et dans certaines régions d'Espagne, l'indefinido s'emploie aussi avec hoy et d'autres périodes encore ouvertes ; cette page suit l'usage du centre de l'Espagne.

Formation et emploi
he / has / ha / hemos / habéis / han + participio (-ado/-ido)identique à avoir + participe passé
la he visto (jamais 'vista')le participe ne s'accorde jamais, même après un objet féminin
hoy, esta semana, ya, todavía nofavorisent souvent le perfecto en Espagne : tranche de temps encore ouverte
ayer, la semana pasada, en 2020appellent l'indefinido dans l'usage du centre de l'Espagne suivi ici : tranche fermée

Exemples

  • Hoy he comido paella.Aujourd'hui j'ai mangé de la paella.
  • Ayer comí paella.Hier j'ai mangé de la paella.
  • La he visto dos veces esta semana.Je l'ai vue deux fois cette semaine.
  • Todavía no ha llegado.Il n'est pas encore arrivé.

Piège fréquent : Le réflexe du passé composé français pousse à dire ayer he comido pour une tranche de temps fermée, et à faire accorder le participe après un pronom objet féminin ('la he vista') alors qu'il ne varie jamais en espagnol.

Pluscuamperfecto : le plus-que-parfait, presque un décalque

Había hablado se construit et s'emploie très largement comme j'avais parlé ; la seule vraie différence est où l'adverbe se place, pas la règle elle-même.

La formation suit le même schéma que le perfecto : l'imparfait de haber (había, habías, había, habíamos, habíais, habían) plus le participe. L'emploi est un décalque du français : une action antérieure à un autre repère passé. Cuando llegué, ya había empezado la película fonctionne exactement comme quand je suis arrivé, le film avait déjà commencé, et ce réflexe se transpose sans y penser. Les deux mêmes règles du perfecto s'appliquent ici aussi : l'auxiliaire est toujours haber, jamais ser, et le participe reste invariable même après un objet féminin ou pluriel.

Ce qui bouge, c'est la place des mots. Le français insère librement un adverbe entre l'auxiliaire et le participe : il avait déjà terminé, il n'avait jamais menti. L'espagnol courant garde en général había et le participe collés, et place l'adverbe avant ou après le bloc entier : ya había terminado ou había terminado ya. Había ya terminado est correct aussi, la grammaire admet quelques adverbes comme ya à cet endroit, mais c'est moins courant et plus marqué.

Formation
había / habías / había / habíamos / habíais / habían + participioidentique à avait + participe passé
ya había terminado / había terminado yaordre courant : l'adverbe encadre le bloc
había ya terminadocorrect, mais moins courant et plus marqué

Exemples

  • Cuando llegué, ya había empezado la película.Quand je suis arrivé, le film avait déjà commencé.
  • Nunca había visto la nieve.Je n'avais jamais vu la neige.
  • Ya había terminado cuando llamaste.J'avais déjà fini quand tu as appelé.

Piège fréquent : L'habitude française d'insérer l'adverbe entre l'auxiliaire et le participe donne 'había ya terminado', une phrase espagnole correcte mais moins courante et plus marquée, là où l'ordre habituel est 'ya había terminado' ou 'había terminado ya'.

Futuro : le futur simple, et un emploi bien plus courant en espagnol

Hablaré se forme comme je parlerai, à partir de l'infinitif, mais l'espagnol s'en sert aussi pour deviner un fait présent ('estará en casa', il doit être chez lui), et il impose le subjonctif après cuando tourné vers le futur, là où le français garde l'indicatif futur.

La formation est un décalque : -é, -ás, -á, -emos, -éis, -án sur l'infinitif entier, comme -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont en français, les deux venant du même verbe avoir. Les radicaux irréguliers suivent la même logique dans les deux langues : tendré, podré, sabré, vendré, pondré, saldré, diré, haré raccourcissent ou modifient l'infinitif, comme je pourrai, je saurai, je viendrai, je tiendrai. Les deux langues partagent aussi la périphrase du futur proche, ir a et aller, quasi identiques : voy a salir, je vais sortir.

La différence tient dans deux emplois. D'abord, le futuro sert aussi à deviner un fait présent, et dans cet emploi il ne renvoie à aucun futur : estará en casa veut dire qu'il doit être chez lui maintenant. Le futur français connaît aussi cet emploi ('on sonne, ce sera le facteur'), mais il est plus rare, et le français dit le plus souvent il doit être chez lui. Ensuite, l'espagnol impose le subjonctif présent après cuando temporel qui évoque un futur, cuando llegues, te llamaré, là où le français garde l'indicatif futur, quand tu arriveras, je t'appellerai. Traduire mot à mot donne cuando llegarás, une phrase qui sonne faux à l'oreille espagnole. L'interrogatif cuándo, avec accent, n'est pas concerné : ¿cuándo llegarás?, no sé cuándo llegará.

Terminaisons et emplois
-é, -ás, -á, -emos, -éis, -ánsur l'infinitif entier, comme -ai, -as, -a... en français
tendré, podré, sabré, vendré, pondré, saldré, diré, haréradicaux irréguliers, même logique qu'en français (pourrai, saurai, viendrai)
estará, serán, tendráfutur de conjecture sur le présent ; le français le connaît aussi ('ce sera le facteur'), mais l'emploie moins
cuando + subjonctif présentobligatoire quand *cuando* temporel vise un futur ; le français garde l'indicatif (l'interrogatif *cuándo* accepte le futur)

Exemples

  • Mañana hablaré con ella.Demain je parlerai avec elle.
  • ¿Dónde está Pablo? Estará en la cocina.Où est Pablo ? Il doit être dans la cuisine.
  • Cuando llegues, te llamaré.Quand tu arriveras, je t'appellerai.
  • Voy a salir ahora mismo.Je vais sortir tout de suite.

Piège fréquent : Comme le français emploie rarement son futur pour une supposition, 'estará en casa' se lit facilement à tort comme un futur réel plutôt que comme une supposition sur le présent, et le réflexe 'quand + futur' produit 'cuando llegarás' au lieu du subjonctif obligatoire 'cuando llegues'.

Condicional : le conditionnel, et le piège du 'si'

Hablaría se forme comme je parlerais et sert de la même façon à l'hypothèse, à la politesse et au futur du passé, mais dans une hypothèse irréelle du type 'si j'avais…', l'espagnol emploie le subjonctif imparfait ('si tuviera') là où le français garde l'imparfait de l'indicatif.

La formation reprend les radicaux du futuro : -ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían sur l'infinitif entier, les mêmes terminaisons que l'imparfait des verbes en -er/-ir, comme le français ajoute -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient sur l'infinitif. Les radicaux irréguliers sont ceux du futur : tendría, podría, sabría, vendría, pondría, saldría, diría, haría suivent la même logique que je pourrais, je saurais, je viendrais. Si un radical irrégulier est déjà su au futur, il est su ici aussi.

Les emplois centraux se transposent sans y penser : la politesse (me gustaría, j'aimerais) et le futur dans le passé du discours rapporté (dijo que vendría, il a dit qu'il viendrait).

Le vrai piège est la phrase avec si. Une condition réelle ou ouverte se construit comme en français, avec l'indicatif : si tengo tiempo, iré contigo, 'si j'ai le temps, j'irai avec toi'. C'est l'hypothèse irréelle qui diverge. Le français met l'imparfait de l'indicatif dans la condition, le conditionnel dans le résultat : si j'avais le temps, j'irais. L'espagnol standard met le subjonctif imparfait, tuviera ou tuviese : si tuviera tiempo, iría. Si tenía tiempo renvoie à un passé réel : une habitude (si tenía tiempo, iba al gimnasio) ou un discours rapporté (dijo que si tenía tiempo, iría), pas une hypothèse sur le présent. Le conditionnel sert aussi à la conjecture, tournée vers le passé : serían las tres cuando llegó ne se traduit pas par le conditionnel français, qui dirait plutôt il devait être trois heures.

Terminaisons et le piège du si
-ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -íansur l'infinitif entier, mêmes radicaux irréguliers qu'au futur
si + tuviera/tuviese + condicionalhypothèse ; 'si tenía' (imparfait de l'indicatif) renvoie à un passé réel
serían, tendría (probabilité passée)conjecture sur le passé ; le français dit plutôt 'devoir' à l'imparfait

Exemples

  • Si tuviera tiempo, iría contigo.Si j'avais le temps, j'irais avec toi.
  • Me gustaría un café, por favor.Je voudrais un café, s'il vous plaît.
  • Dijo que vendría mañana.Il a dit qu'il viendrait demain.
  • Serían las tres cuando llegó.Il devait être trois heures quand il est arrivé.

Piège fréquent : Le réflexe français transpose l'imparfait de l'indicatif de 'si j'avais' en 'si tenía tiempo', alors que pour une hypothèse irréelle l'espagnol impose le subjonctif imparfait, 'si tuviera tiempo'. Une condition réelle garde l'indicatif, comme en français : 'si tengo tiempo, iré'.

Subjuntivo : presente

Le subjonctif espagnol s'emploie après le désir, le doute et l'émotion comme en français, mais aussi après les conjonctions de temps visant le futur (cuando, en cuanto, hasta que), où le français garde l'indicatif futur.

Comme en français, le subjonctif suit les verbes de volonté, de doute et d'émotion : quiero que vengas, dudo que lo sepa, me alegra que estés aquí fonctionnent comme je veux que tu viennes, je doute qu'il le sache. Le réflexe est déjà là, sauf pour l'espoir : espero que vengas prend le subjonctif, alors que « j'espère que tu viendras » garde l'indicatif en français.

La vraie différence apparaît avec les conjonctions de temps visant un événement futur. Le français garde l'indicatif futur après quand (quand je serai grand) ; l'espagnol bascule au subjonctif présent après cuando, en cuanto, hasta que : cuando sea grande, en cuanto llegue. Oublier ce basculement est l'erreur la plus fréquente chez un francophone.

La formation part de la première personne du présent de l'indicatif : on retire le o et on inverse les terminaisons, e pour les verbes en -ar, a pour les -er/-ir. Ce procédé marche pour la grande majorité des verbes, y compris tengo, tenga et conozco, conozca, mais six verbes très fréquents ne le suivent pas : ser (sea), ir (vaya), haber (haya), saber (sepa), estar (esté), dar (dé).

Les verbes à changement vocalique ne se comportent pas tous pareil. Les -ar et -er perdent le changement à nosotros et vosotros : quiera mais queramos, vuelva mais volvamos. Les -ir gardent un changement réduit à ces deux personnes, e devient i ou o devient u : pida mais pidamos, sienta mais sintamos, duerma mais durmamos.

Subjonctif présent : les verbes à changement vocalique
querer (-er) : quiera, queramosle changement disparaît à nosotros/vosotros
volver (-er) : vuelva, volvamosmême règle, aucun changement à nosotros/vosotros
pedir (-ir, e→i) : pida, pidamosle changement persiste, réduit, à nosotros/vosotros
sentir (-ir, e→ie/i) : sienta, sintamosdiphtongue au singulier, e→i à nosotros/vosotros
dormir (-ir, o→ue/u) : duerma, durmamosmême schéma, o→u à nosotros/vosotros
cuando, en cuanto, hasta que + subjonctif (événement futur)français : indicatif futur après quand ; pour une habitude, indicatif en espagnol aussi : *cuando tengo tiempo, voy al gimnasio*

Exemples

  • Cuando tengas tiempo, llámame.Quand tu auras le temps, appelle-moi.
  • No creo que ellos duerman antes de medianoche.Je ne crois pas qu'ils dorment avant minuit.
  • En cuanto pidamos la cuenta, nos vamos.Dès que nous demanderons l'addition, nous partons.

Piège fréquent : Le piège est de garder l'indicatif après cuando visant un futur comme après quand en français, ce qui donne te llamaré cuando llego au lieu de cuando llegue.

Imperativo

L'impératif négatif espagnol change entièrement de forme par rapport à l'affirmatif car il emprunte au subjonctif présent (habla mais no hables), alors que le français garde la même forme et ajoute seulement ne... pas.

L'impératif affirmatif de tú, pour un verbe régulier, ressemble à la troisième personne du présent : habla, come, escribe, comme le tutoiement français en -e (parle). Mais le négatif ne se contente pas d'ajouter une négation : il passe entièrement au subjonctif présent, no hables, no comas, no escribas, une forme différente de l'affirmatif. Le français garde la même forme et encadre seulement avec ne... pas : c'est là que le réflexe francophone trébuche, en gardant habla après no.

Les formes de usted, ustedes et nosotros viennent aussi du subjonctif, à l'affirmatif comme au négatif : hable usted, no hable usted, hablemos.

La place des pronoms suit la logique du français : collés après l'affirmatif, placés avant au négatif. Dile la verdad / no le digas nada. Le français relie par un trait d'union, l'espagnol soude le pronom au verbe. L'accent tonique ne bouge pas, mais le mot s'allonge et suit alors les règles générales de l'accent écrit : dime n'en prend pas, dímelo et siéntate en prennent un.

À vosotros, le -d final tombe devant le pronom réfléchi -os : levantad devient levantaos, sauf idos, qui garde le -d (la RAE accepte aussi iros, très répandu).

Impératif tú : affirmatif et négatif
hablar : habla / no hablesaffirmatif = 3e pers. sing. indicatif, négatif = subjonctif
comer : come / no comasmême schéma pour les verbes en -er
decir : di / no digasaffirmatif irrégulier, négatif prévisible à partir de *digo*
poner : pon / no pongasforme négative régulière au subjonctif
hacer : haz / no hagasaffirmatif irrégulier, négatif prévisible
ir : ve / no vayasles deux formes sont irrégulières
levantaos (vosotros + os)le -d final tombe devant -os, sauf idos (iros est aussi accepté)

Exemples

  • Dime la verdad, por favor.Dis-moi la vérité, s'il te plaît.
  • No le digas nada a tu hermano.Ne dis rien à ton frère.
  • Sentaos aquí, niños.Asseyez-vous ici, les enfants.

Piège fréquent : Le piège le plus fréquent est de garder la forme affirmative après no, comme en français, ce qui donne no habla au lieu de no hables.

Por y para

Le français pour peut correspondre aussi bien à por qu'à para, et por se traduit aussi par par, contre ou pendant : la difficulté n'est pas de comprendre la nuance mais de choisir sans l'aide du mot français.

Lorsque le français emploie pour, l'espagnol oblige souvent à choisir entre por et para, qui ne se recouvrent pas : le risque n'est pas de comprendre la nuance, il est de traduire pour par para par réflexe alors que le sens demandait por.

Para regarde vers un but ou un point d'arrivée : la destination (salgo para Madrid), l'objectif (estudio para aprobar), l'échéance (para el lunes), le destinataire (esto es para ti), une opinion (para mí, es tarde).

Por regarde en arrière, vers une cause, ou latéralement, vers un échange, un moyen ou un trajet : la cause (gracias por tu ayuda, jamais para), l'échange (lo cambié por otro), le moyen (por correo), une durée approximative (por dos horas, même si l'espagnol d'Espagne préfère souvent durante dos horas), un trajet traversé (paseamos por el parque) et l'agent du passif (escrito por Cervantes).

Un même lieu peut prendre les deux prépositions avec des sens différents : voy para Madrid annonce la destination, voy por Madrid dit qu'on traverse la ville. Un repère utile, qui ne couvre pas tous les cas (échange, agent, moyen, échéance, destinataire) : si 'à travers' ou 'à cause de' convient, c'est por ; si 'en direction de' ou 'afin de' convient, c'est para.

Por ou para : les emplois principaux
para : but, destination, échéance, destinatairesouvent : 'afin de' ou 'en direction de'
por : cause, échange, moyen, trajet, duréesouvent : 'à cause de' ou 'à travers'
gracias por tu ayudacause, jamais para
esto es para tidestinataire
trabajo para una empresapour le compte de qui on travaille : l'employeur
trabajo por la nochemoment approximatif, pas de but
escrito por Cervantesagent du passif
voy para Madrid / voy por Madriddestination contre trajet traversé

Exemples

  • Compré este regalo para mi madre.J'ai acheté ce cadeau pour ma mère.
  • Caminamos por la playa toda la tarde.Nous avons marché le long de la plage tout l'après-midi.
  • Te cambio mi entrada por la tuya.Je t'échange mon billet contre le tien.

Piège fréquent : Le réflexe le plus courant est de traduire pour par para même pour une cause ou un motif, ce qui donne gracias para tu ayuda au lieu de gracias por tu ayuda.

Preposiciones frecuentes

La préposition a devant un complément d'objet direct désignant une personne n'a pas d'équivalent en français, qui construit le verbe sans rien : veo a mi hermano, je vois mon frère.

La différence la plus visible n'a pas d'équivalent français : devant un complément d'objet direct qui désigne, en général, une personne précise ou un animal familier, l'espagnol insère a, que le français ne traduit jamais. Veo a mi hermano, busco a mi perro, mais veo la casa sans a, puisque la maison n'est pas une personne. Oublier ce a est l'erreur la plus fréquente et la plus difficile à entendre, car rien dans la phrase française ne la signale.

En couvre à la fois ce que le français distingue en dans et sur : en la mesa peut être sur la table selon le contexte, en la caja dans la boîte. Il faut regarder la situation réelle, pas chercher un mot différent pour chacune.

Certains verbes changent de préposition d'une langue à l'autre : pensar en (penser à), soñar con (rêver de), enamorarse de (tomber amoureux de, la préposition correspond ici). Depender de fonctionne à l'identique de dépendre de, une ressemblance qu'on peut garder telle quelle.

Desde et hasta suivent d'assez près depuis et jusqu'à. Le moyen de transport se dit aussi en dans les deux langues, en coche comme en voiture, en tren comme en train, sauf a pie qui rejoint à pied.

Prépositions à retenir
a personal : veo a mi hermanoaucun équivalent en français
en la mesa / en la cajarecouvre 'sur' et 'dans'
pensar en algofrançais : penser à
soñar con algofrançais : rêver de
depender de algomême construction qu'en français
desde... hasta...proche de 'depuis... jusqu'à...'
en coche, en tren, a pieidentique au français : en voiture, en train, à pied

Exemples

  • ¿Has visto a mi hermana esta mañana?As-tu vu ma sœur ce matin ?
  • Sueño con vivir en Barcelona algún día.Je rêve de vivre à Barcelone un jour.
  • Vamos a pie hasta el centro.Nous allons à pied jusqu'au centre.

Piège fréquent : L'erreur la plus fréquente est d'oublier le a devant un complément d'objet direct qui désigne une personne, parce que le français ne place jamais rien à cet endroit.

Perífrasis : ir a, acabar de, estar + gerundio

Ir a et acabar de se calquent presque mot à mot sur le futur proche et le passé récent français, mais estar + gérondif est bien plus courant que 'être en train de', qui reste facultatif en français.

Ir a + infinitif se calque presque mot pour mot sur le futur proche français : voy a llamar fonctionne exactement comme je vais appeler. Acabar de + infinitif suit le même calque que venir de + infinitif : acabo de llegar est je viens d'arriver, avec le même glissement à l'imparfait pour venais de (acababa de llegar). Ces deux périphrases ne demandent aucun réapprentissage, seulement le vocabulaire.

Estar + gérondif est la vraie différence. En français, être en train de reste un ajout facultatif et emphatique : le présent seul ('je mange') couvre déjà une action en cours. En espagnol, estar + gérondif est bien plus courant que 'être en train de' : estoy comiendo est la façon normale de souligner qu'on mange à cet instant. Le présent simple reste pourtant possible pour une action en cours quand le contexte suffit (¿Qué haces? Como.), comme en français. Le réflexe à prendre : dès que vous voulez insister sur ce qui se passe en ce moment, surtout avec ahora mismo, pensez au gérondif.

Le gérondif a ses propres irrégularités à part : les verbes en -ir à changement vocalique passent e à i ou o à u (pidiendo, durmiendo, sintiendo), et un radical terminé par une voyelle insère un y (leyendo, oyendo, yendo). Rien de comparable en français, où le participe présent ne varie jamais de cette façon.

Trois périphrases, et leurs parallèles avec le français
*ir a* + infinitiffutur proche : *voy a llamar* = je vais appeler
*acabar de* + infinitifpassé récent : *acabo de llegar* = je viens d'arriver
*estar* + gérondifprogressif, bien plus courant que 'être en train de' : *estoy comiendo* = je mange, là, maintenant
-ir à changement vocalique*pidiendo*, *durmiendo*, *sintiendo* (e>i, o>u)
radical terminé par une voyelle*leyendo*, *oyendo*, *yendo*, *construyendo* (insertion d'un y)

Exemples

  • Estoy comiendo, te llamo luego.Je suis en train de manger, je te rappelle plus tard.
  • Acabo de terminar los deberes.Je viens de finir mes devoirs.
  • Vamos a visitar a mis abuelos el sábado.Nous allons rendre visite à mes grands-parents samedi.
  • Los peques ya están durmiendo.Les petits dorment déjà.

Piège fréquent : Parce que le présent français couvre déjà une action en cours, le réflexe est de dire como ahora mismo là où un locuteur natif dirait plus naturellement estoy comiendo ahora mismo, surtout avec un marqueur aussi net que ahora mismo.

Acentos y ortografía

La tilde espagnole indique principalement la place de l'accent tonique et, dans certains hiatus, la séparation des voyelles ; elle ne modifie jamais le timbre de la voyelle. Les accents français peuvent modifier le timbre d'une voyelle ou distinguer des homographes, mais ne marquent jamais l'accent tonique.

L'accent écrit espagnol répond à une question que le français ne pose jamais : où tombe l'accent tonique. Le français a un accent tonique fixe, sur la dernière syllabe du groupe rythmique, jamais marqué à l'écrit ; ses accents peuvent changer le timbre de la voyelle (é, è) ou distinguer deux mots (a/à, ou/où), jamais la place de l'accent. En espagnol c'est l'inverse : la tilde ne change pas le timbre de la voyelle, elle indique surtout où appuyer la voix, et elle peut aussi signaler que deux voyelles se prononcent séparément (país, María).

Quatre catégories selon la syllabe accentuée : aguda (dernière), llana (avant-dernière), esdrújula (antépénultième), sobresdrújula (encore avant). Les deux premières suivent une règle par défaut liée à la lettre finale (voyelle, -n, -s ; les finales en -y ou en plusieurs consonnes, comme robots ou cómics, ont leurs propres règles), et dans la plupart des mots la tilde signale que l'accent tonique ne suit pas cette règle par défaut ; elle peut aussi servir à marquer un hiatus, comme dans río ou María, où l'accent tombe pourtant là où la règle le place. Les esdrújulas et sobresdrújulas, elles, sont toujours accentuées à l'écrit, sans exception : c'est la catégorie sans équivalent français, puisque rien en français ne s'accentue aussi loin de la fin du mot.

L'accent diacritique rappelle où/ou ou a/à en français, avec une différence : il distingue surtout un mot accentué à l'oral d'un mot qui ne l'est pas (tú/tu, él/el, sé/se, dé/de), alors que où et ou se prononcent pareil. Le tréma du ü n'a pas le rôle de celui de naïve : dans güe et güi, où le u serait muet, il indique qu'on le prononce (pingüino, vergüenza), sans créer de syllabe de plus.

Où tombe l'accent, et quand l'écrire
Aguda (dernière syllabe)accent écrit si le mot finit par voyelle, *-n* ou *-s* : *comió*, *camión*, *compás* ; mais pas après une autre consonne (*robots*), et le *-y* final compte comme consonne (*virrey*)
Llana (avant-dernière)accent écrit si le mot ne finit PAS par voyelle, *-n* ou *-s* : *árbol*, *lápiz*, *fácil*, y compris en *-y* (*yóquey*) et en groupe consonantique (*cómics*) ; ou pour marquer un hiatus : *María*
Esdrújula (antépénultième)toujours accentuée, sans exception : *rápido*, *música*, *teléfono*
Sobresdrújulatoujours accentuée ; apparaît avec les pronoms enclitiques : *cuéntamelo*, *diciéndoselo*
Accent diacritiquedistingue surtout un mot tonique d'un mot atone : *tú/tu*, *él/el*, *sé/se*, *dé/de*
Tréma (diéresis)*ü* indique que le u se prononce dans *güe/güi* : *pingüino*, *vergüenza*

Exemples

  • El médico me examinó el tobillo.Le médecin m'a examiné la cheville.
  • ¿Tú sabes si él ya llegó?Est-ce que tu sais s'il est déjà arrivé ?
  • Quiero que me lo cuentes, cuéntamelo todo.Je veux que tu me le racontes, raconte-moi tout.
  • Vimos un pingüino en el zoo.Nous avons vu un pingouin au zoo.

Piège fréquent : Comme rien en français ne s'accentue au-delà de la dernière syllabe, l'oreille française n'attend pas d'accent sur rápido, música ou teléfono, et le risque est de l'oublier à l'écrit.

Números, fechas y la hora

L'accord de genre sur les centaines (doscientas páginas mais cien euros) et le de obligatoire dans les dates (el 3 de marzo de 2026) sont les deux pièges du calque du français ; l'heure, elle, se dit presque comme chez vous.

Les centaines s'accordent en genre avec le nom qu'elles comptent, ce qui n'existe pas en français : doscientos euros mais doscientas páginas, alors que 'deux cents' ne varie jamais en genre. Cien s'emploie seul devant un nom ou avant mil/millón, ciento dans les nombres composés (cien euros, ciento tres euros). Comme dans Género, número y artículos, un s'apocope au masculin (un libro) ; la même apocope s'applique à l'intérieur d'un nombre composé devant un nom masculin, et un nom féminin garde en général una : veintiún libros, veintiuna mesas.

La date suit el + numéro cardinal + de + mois + de + année, avec de obligatoire deux fois : el 3 de marzo de 2026. Contrairement au français, qui garde un ordinal pour le premier du mois ('le premier janvier'), l'espagnol emploie le cardinal pour les autres jours, et pour le premier les deux sont corrects : el uno de enero ou el primero de enero. L'Espagne préfère normalement uno, primero est surtout courant en Amérique latine. Comme en français, les mois ne prennent pas de majuscule.

L'heure se dit presque comme chez vous : singulier pour une heure (es la una), pluriel ensuite (son las tres), y cuarto et menos cuarto calquent exactement et quart et moins le quart. Rien à réapprendre là.

Nombres, dates, heures : ce qui change et ce qui ne change pas
Centainesaccord de genre obligatoire : *doscientos euros* / *doscientas páginas*, contre 'deux cents' invariable en français
*cien* / *ciento**cien* devant un nom ou avant mil/millón ; *ciento* dans les composés : *cien euros*, *ciento tres euros*
*un/una* dans un nombre composé*veintiún libros* / *veintiuna mesas*
Date*el 3 de marzo de 2026*, 'de' obligatoire deux fois, cardinal ; pour le premier, *el uno de enero* (usage de l'Espagne) ou *el primero* (surtout en Amérique latine)
Heure*es la una y cuarto* / *son las tres menos cuarto*, quasi identique au français

Exemples

  • El vuelo sale a las tres menos cuarto de la tarde.Le vol part à trois heures moins le quart de l'après-midi.
  • Nací el uno de enero de mil novecientos noventa y ocho.Je suis né(e) le premier janvier mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit.
  • El hotel tiene doscientas habitaciones pero solo cien están abiertas.L'hôtel a deux cents chambres mais seulement cent sont ouvertes.
  • Compré veintiún sellos para las postales.J'ai acheté vingt et un timbres pour les cartes postales.

Piège fréquent : Le calque du français fait sauter le de : on écrit el 3 marzo 2026 au lieu de el 3 de marzo de 2026, et on laisse doscientos invariable devant un nom féminin parce que 'deux cents' ne bouge jamais en français.